dimanche 21 juin 2009

Etrange rêve.


Fatiguée de trop ramer dans les eaux troubles, je me laissais enfin échouer dans les rives de l’empire Morphée qui vint aussitôt me repêcher.
Je me trouvais sur un lieu nommé" délices", seule devant les regards affamés d’une horde de créatures mi-homme, mi- animal.
Ils me découvraient du regard, voulant tous m’approcher, je reculai mais ils avaient des bras aussi longs et gluants que des tentacules.
Je m’éloignais encore et encore. Ils parlaient dans un langage incohérent tel le bourdonnement d’un guêpier. Chacun parlait une langue, mais ils avaient tous le même discours.
Je me bouchais les oreilles pour ne rien entendre. Je voyais leurs visages se tortiller et leurs bouches divulguaient je ne sais quels mensonges.
D’un coup, je les vis se transformer en hyènes, en loups garous et en vautours ; tout ce qu’il y a de plus macabre. Je les voyais arriver et tentant déchirer le voile transparent qui me séparait de leur univers, quelques-uns réussirent à intégrer le décor.
Je criais et personne ne vint à mon secours. Je montais une pente parsemée d’embûches et à chaque fois je tombais et m’écorchais les jambes.
Les plus vigoureux parvinrent à m’appréhender mais je ne sais par quel miracle je me suis retrouvée en haut d’une colline, sur un sol aride et comme seul compagnon…un arbre.
Ce fut un arbre vieilli, non pas par l’érosion de l’âge comme le dit le vieil adage, mais par la solitude, la souffrance, l’indifférence, l’ingratitude et le mal d’aimer.
Il me conta son histoire, épineuse et ….
Il me dit avec mélancolie qu’il a connu dans sa vie d’arbre, deux printemps et que lors de ces belles saisons, courtes mais délicieuses, ses branches avaient donné les plus belles de ses fleurs.
On vint un jour lui ôter les branches sans préavis mais heureusement qu’il tenait encore sur pied et que ses racines étaient bien incrustées au sol, me dit-il avec toute la résignation d’un arbre qui fut jadis.
Il ajouta pour finir qu’on couronna le supplice en le brûlant vif.
J’entendais le craquellement de ce tronc qui paraissait vide à l’intérieur comme s’il y avait une fente au creux.
Oui c’était cela ; je suis enfin à l’abri me dis-je, toute contente. Je sentais une ambiance parfaite, comme un air de musique mais en sanglots, une triste mélodie qui m’envoûtait le corps et l’esprit.
C’était à la fois beau et magique.
Je m’étais attachée à cet arbre tellement que je voulus le serrer dans mes bras comme le font les mères avec leurs petits. Je le sentais tellement enfant, tellement fragile que je voulus l’adopter, le protéger et le garder pour moi toute seule, rien qu’à moi ; j’en serais la divine maîtresse et j’en ferais mon monde parfait.
Nos sentiments se mêlèrent, s’entremêlèrent, nos sanglots, nos larmes ne firent qu’un…
Nos corps, quoique étrangers jouissaient d’une fusion des sens et des matières… on ne faisait qu’un.
Je me rappelle que de nos larmes et ébats le sortilège se dissipa et mon arbre- abri était redevenu comme avant, ragaillardi et feuillu.
Je me rendis compte que le sol aride sur lequel j’avais marché était redevenu fertile comme d’antan.
Des fleurs de toutes les couleurs avaient orné le paysage ressuscité et on entendait l’ EAU couler dans la clairière.

Khadija Belaouej
Casablanca le 20.06.09

11 commentaires:

  1. Catherine Deschamps de Boishébert, à 01:27 le 21 juin
    ...Un réel rêve...ou sorti de ton imaginaire éveillé...superbe...fort et si prenant...après les symboles des peurs, des craintes...l'image de l'arbre...rassurant vivant avec ses racines...comme la Vie...vos douleurs ensemble contées et pansées de vos larmes pour un nouveau départ...le sol est redevenu fertile à la source de votre eau de vie...J'adore ton texte...

    Mon amie, ma soeur
    Je t'aime, tu sais combien tu es chère à mon coeur.
    Paix sur toi.... Lire la suite
    Je t'embrasse ainsi que tous ceux que tu aimes.
    Tendresse♥

    RépondreSupprimer
  2. Rachid Daouani, à 08:01 le 21 juin
    C'est inoui ce que je me vois comme cet arbre mon amie ma soeur!

    RépondreSupprimer
  3. Véronique Sauger, à 08:18 le 21 juin
    "L'arbre de Vie"... Pour vivre. Partager l'eau des racines et faire monter la sève, la Vie, ne faire qu'un avec l'arbre, avec la Vie. Golde dit "l'Arbre" de vie, nous disons à toutes deux l'Arbre de Vie, symbole et éternité, sans doute... Merci à toi infiniment, ma Chère Amie.

    RépondreSupprimer
  4. Golde Nataf, à 08:28 le 21 juin
    et nous voilà partis dans toutes les réminiscences de Vie d'Espoir, "mon amie ma soeur", l'Arbre de Vie ... c'est magnifique, et c'est jour de fête, viva la musica et aussi une pensée pour cette Journée Mondiale dont j'ai parlé tout à l'heure, please ... nadejda en russe c'est l'espoir ... je ne sais pas le dire en arabe ... je vous aime je vous embrasse tous les trois et Catherine si je peux ...

    RépondreSupprimer
  5. Catherine Deschamps de Boishébert, à 09:31 le 21 juin
    Ma chère inconnue, Golde...suis toujours pour les bisous...lol
    Je t'embrasse aussi.Tendresse♥

    RépondreSupprimer
  6. Anne Volpe, à 09:53 le 21 juin
    "Je me rappelle que de nos larmes et ébats le sortil... Lire la suiteège se dissipa et mon arbre- abri était redevenu comme avant, ragaillardi et feuillu." Très beau rêve d'initiation.. Guérison par le Pouvoir de l'amour....L'arbre met en communication avec les trois niveaux du cosmos, le souterrain(ses racines) ,la surface de la terre ( le tronc et ses branches inférieures) , ses branches supérieures et la cime, attirées par la lumière du Ciel... tout un symbole très fort que l'arbre...
    Merci ma chère amie pourle partage de ce rêve...

    RépondreSupprimer
  7. Arielle Schill, à 11:08 le 21 juin
    Merci Khadija, cette histoire racontée par toi offre une telle paix, une telle douceur féminine après ces horreurs.

    Je t'embrasse, merci encore de me réveiller sur FB
    Arielle

    RépondreSupprimer
  8. Magali De R, à 02:15 le 22 juin
    Les arbres nous enseignent la patience: ils ne baissent pas les bras à la première tempête venue. (Carl Beaupré)
    Mon amie ton écrit est magnifique. Au moment où l'on croit que tout est perdu la vie est là plus forte que tout. A vous deux vous avez sû conjuguer vos efforts pour vaincre les douleurs. Arbre de vie, renaissance.
    Un immense merci, à toi, pour ce divin partage.
    Je t'embrasse ma tendre amie.

    RépondreSupprimer
  9. Bernadette Jadot, à 17:58 le 22 juin
    magnifique récit à caractère hautement symbolique,voire initiatique. Une grande richesse tant du point de vue de la forme que du fond. ..Merci Khadija pour cette lecture .

    RépondreSupprimer
  10. Azhari Mounir, à 23:00 le 22 juin
    de plus en plus excellente

    RépondreSupprimer
  11. Hedi Hamdi, à 21:48 le 23 juin
    merci c est trés vague et bien écris , magnifique.......

    RépondreSupprimer